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Maroc : l’exploitation des migrants se poursuit sur fond d’engagement en faveur de l’intégration

Press / Media: Public Engagement Activities

Description

Le 6 décembre dernier on assistait à Rabat au vernissage de l’exposition de vidéos prises avec des migrants au cours de deux ateliers co-organisés par plusieurs institutions, dont l’université de Keele et l’université d’Edinburg. Ces morceaux d’images sont un plaidoyer pour la reconsidération des migrants au Maroc, cela même si le traitement apporté à la vingtaine de participants à cet atelier dénote la poursuite de l’exploitation des migrants.

Dès l’entrée de cette salle souterraine de la Villa des Arts de Rabat, où l’exposition se tient depuis le 6 décembre dernier, on peut voir des visages gris, figés, angoissés, désespérés ou même souriant, le regard hagard, fixé vers un incertain horizon. Ces vidéos décolorées, ouvrage d’un temps qu’on croyait révolu, représentent sans complaisance la vie des migrants africains au Maroc. Dans ces vidéos qui dansent sur le sol, donnent la vie aux murs de cette salle plongée dans le noir, les acteurs migrants chantent pour narguer les difficultés de leur quotidien fait de défis insurmontables. En traversant ces vidéos qui confondent quelques instants avec des fresques murales, ici on voit une larme pendre sur un œil, plus loin on peut entendre en Lingala [langue parlée au Congo Kinshasa] une dame lancer des alléluias, à croire que pour tenir ces migrants ont trouvé refuge dans la foi. Oui, la foi, pour tenir face à l’adversité qui se lit sur leurs visages chagrins. 

Prise d'une image de l'exposition - Copyright © Afrique Progrès Magazine

 

Cette exposition vidéographique et photographique s’inscrit dans un large projet de recherche international initié courant 2016 et qui s’achève en 2018. Baptisé Arts for Advocacy, ce projet vise à développer de nouvelles méthodes de critique basées sur l’art. Les universités de Keele et d’Edinburg à l’origine de ce projet espèrent au final endiguer le déplacement forcé au Maroc. Avec pour vocation de rassembler plusieurs acteurs de divers horizons artistiques en vue de mettre sur pied des œuvres interdisciplinaires, ce projet est un challenge réussit compte tenu des différents acteurs du monde de l’art présents dans les deux ateliers. Citons entre autres, Julien Fleurance, Dabcha, ou encore Reuben Odoi, respectivement artistes visuels, comédien et artiste musicien. 

 

Des participants heureux du résultat

Camerounais, la quarantaine, Nlend Fils Vermont qui vit au Maroc depuis 2003 s’est félicité du résultat de ces ateliers. D’après le secrétaire général du collectif des communautés subsahariennes « nous avons improvisé sur place, nous n’étions pas des acteurs, donc je suis fier du résultat de ce travail ». Même son de cloche chez Camara Alpha. Ce comédien amateur, acteur associatif au sein de la plateforme des associations de migrants, se dit très heureux du travail d’équipe et du résultat qu’il a pu lire dans le satisfecit général rencontré lors du vernissage de l’exposition. L’homme confie que « le public a été réceptif, j’ai été abordé avec beaucoup d’intérêt ».

Il faut dire que depuis le début de cette initiative, Camara Alpha a changé la vision qu’il se faisait de l’art. Ce guinéen voit désormais dans l’art un moyen de faire le plaidoyer et se dit prêt à poursuivre ce chemin sans préciser comment. « A travers l’art on peut passer beaucoup de messages, faire du plaidoyer, c’est beau tout simplement » a-t-il déclaré à votre magazine.

De nombreux acteurs associatifs ayant participé à ces ateliers précisent toutefois qu’ils ont pris part à ce projet en raison de sa tendance à permettre une reconsidération des migrants et leur meilleure intégration au Royaume du Maroc. A ce propos, Nlend Fils Vermont, indique que « quand le projet m’a été expliqué, quand j’ai vu qu’il allait dans le sens de la défense des droits des migrants, j’ai immédiatement adhéré ». 

Nlend Fils Vermont, l'un des participants à la Villa des Arts de Rabat lors du vernissage - Copyright © Afrique Progrès Magazine

  

Glasgow, Londres, Rabat ; fini le projet !

Après Glasgow et Londres, ce projet s’achève avec cette exposition dans la ville de Rabat, puisqu’il faut le préciser, il s’agissait de récolter quelques images des migrants et de les restituer ensuite à leur quotidien sans aucune visée à venir. L’objectif de ces ateliers n’était pas de trouver une occupation aux migrants ni de les aider à trouver un chemin dans l’univers de la comédie, du théâtre ou de l’art, mais plutôt de mettre ensemble des acteurs dans l’optique d’ouvrir des discussions pour une amélioration continue de la situation des migrants au Maroc tels peut-on déduire du propos ambigüe des organisateurs. Sébastien Bachelet, l’un des initiateurs de cette initiative assure qu’il s’agissait seulement de « lier l’art et le plaidoyer sur la migration au Maroc ». Mission accomplie semble-t-il ! Pour cet universitaire français « il y a eu un partage, il y a un échange, ce qui était l’objectif premier de ces ateliers. On a aidé à mettre ensemble des gens pour initier des échanges qu’on partage maintenant avec un public plus large ». En clair l’objectif ne consistait pas à trouver un travail continu à ces migrants, pis encore, de leur donner la rémunération qui convient. 

 

100 dirhams de transport par jour, c’est tout !

La vingtaine de participants à ces ateliers auront profité chacun d’un transport journalier de 100 Dh, soit 10 euros sur dix jours [1 000 Dh] ainsi que d’une expérience unique. Un traitement qui a trait à une exploitation de la misère de ces migrants économiquement en souffrance. Il faut par ailleurs signaler qu’avec cette infime compensation, tous les participants à ces ateliers ont été invités à signer un document relatif à la cession de leur droit d’image. Alors que ces images continueront à faire le tour du monde jusqu’à X année, Mireille Kwami indique que « j’ai eu une bonne expérience c’est déjà bien ». Interrogée par votre magazine si elle aurait voulu se faire payer pour ce travail, Mireille Kwami affirme « je ne savais pas comment ça se passe, je suis seulement allée à l’appel de mon association ». Un propos qui met en évidence le fait que ces migrants ignorent tout du droit à l’image et que les associations supposées défendre leur droit n’y prennent pas garde.

Vous l’aurez compris ces expériences sont loin de construire une vie pour ces migrants qui retournent toujours dans leur maison à la fin de toutes ces tâches qu’ils accomplissent bénévolement, sans un sou. Pourtant les factures de loyer, d’électricité et autres, attendent d’être payées. Pour rappel le film HOPE qui avait ému le monde à son lancement en janvier 2015, avait accordé aux migrants des salaires entre 600 à 1 000 euros pour les plus considérés. Depuis lors le film a raflé de nombreuses récompenses à travers le monde tandis que nombre de ces acteurs oubliés sont plongés dans la misère, l’acteur principal y compris. 

 

 
 

 

 

Le ras-le-bol commence à se sentir

A ce jour les migrants continuent d’être invités à participer bénévolement à toutes les initiatives au motif que cela vise à améliorer leur situation au Maroc ainsi qu’à permettre leur intégration. Un militant associatif présent à ce vernissage ne s’étonne pas de la pratique. Sous anonymat l’homme nous déclare exaspéré qu’ « on nous paie des chambres d’hôtel à 200 euros tandis qu’on ne nous donne rien pour tout le travail qu’on accomplit, tous les jours, on commence à se fatiguer de tout ça ». Dire que tout cela se passe sous la barbe des autorités.

Très peu d’acteurs déclarés de la migration se soucient de l’avenir de ces migrants subsahariens au Maroc. Tout prête à croire qu’il faut leur interdire d’accéder à une indépendance financière pour qu’ils soient toujours disposés à se présenter à chaque fois qu’on a besoin d’eux. Du coup l’intégration si chère aux autorités marocaines est renvoyée aux calendes grecques. Puisque comment des personnes économiquement désespérées arriveront à s’intégrer dans le tissu social marocain ? Contre tout il faut le dire in fine, cette situation d’exploitation des migrants dure depuis de très longues années. Elle n’augure pas une intégration de ces derniers au Maroc dans un proche avenir. Par contre nous assistons à la mise en place effective d’un climat propice à leur survie, de quoi faire perdurer l’exploitation dont ils font l’objet. Onésiphore NEMBE/Afrique Progrès Magazine

Period12 Dec 2017

Le 6 décembre dernier on assistait à Rabat au vernissage de l’exposition de vidéos prises avec des migrants au cours de deux ateliers co-organisés par plusieurs institutions, dont l’université de Keele et l’université d’Edinburg. Ces morceaux d’images sont un plaidoyer pour la reconsidération des migrants au Maroc, cela même si le traitement apporté à la vingtaine de participants à cet atelier dénote la poursuite de l’exploitation des migrants.

Dès l’entrée de cette salle souterraine de la Villa des Arts de Rabat, où l’exposition se tient depuis le 6 décembre dernier, on peut voir des visages gris, figés, angoissés, désespérés ou même souriant, le regard hagard, fixé vers un incertain horizon. Ces vidéos décolorées, ouvrage d’un temps qu’on croyait révolu, représentent sans complaisance la vie des migrants africains au Maroc. Dans ces vidéos qui dansent sur le sol, donnent la vie aux murs de cette salle plongée dans le noir, les acteurs migrants chantent pour narguer les difficultés de leur quotidien fait de défis insurmontables. En traversant ces vidéos qui confondent quelques instants avec des fresques murales, ici on voit une larme pendre sur un œil, plus loin on peut entendre en Lingala [langue parlée au Congo Kinshasa] une dame lancer des alléluias, à croire que pour tenir ces migrants ont trouvé refuge dans la foi. Oui, la foi, pour tenir face à l’adversité qui se lit sur leurs visages chagrins. 

Prise d'une image de l'exposition - Copyright © Afrique Progrès Magazine

 

Cette exposition vidéographique et photographique s’inscrit dans un large projet de recherche international initié courant 2016 et qui s’achève en 2018. Baptisé Arts for Advocacy, ce projet vise à développer de nouvelles méthodes de critique basées sur l’art. Les universités de Keele et d’Edinburg à l’origine de ce projet espèrent au final endiguer le déplacement forcé au Maroc. Avec pour vocation de rassembler plusieurs acteurs de divers horizons artistiques en vue de mettre sur pied des œuvres interdisciplinaires, ce projet est un challenge réussit compte tenu des différents acteurs du monde de l’art présents dans les deux ateliers. Citons entre autres, Julien Fleurance, Dabcha, ou encore Reuben Odoi, respectivement artistes visuels, comédien et artiste musicien. 

 

Des participants heureux du résultat

Camerounais, la quarantaine, Nlend Fils Vermont qui vit au Maroc depuis 2003 s’est félicité du résultat de ces ateliers. D’après le secrétaire général du collectif des communautés subsahariennes « nous avons improvisé sur place, nous n’étions pas des acteurs, donc je suis fier du résultat de ce travail ». Même son de cloche chez Camara Alpha. Ce comédien amateur, acteur associatif au sein de la plateforme des associations de migrants, se dit très heureux du travail d’équipe et du résultat qu’il a pu lire dans le satisfecit général rencontré lors du vernissage de l’exposition. L’homme confie que « le public a été réceptif, j’ai été abordé avec beaucoup d’intérêt ».

Il faut dire que depuis le début de cette initiative, Camara Alpha a changé la vision qu’il se faisait de l’art. Ce guinéen voit désormais dans l’art un moyen de faire le plaidoyer et se dit prêt à poursuivre ce chemin sans préciser comment. « A travers l’art on peut passer beaucoup de messages, faire du plaidoyer, c’est beau tout simplement » a-t-il déclaré à votre magazine.

De nombreux acteurs associatifs ayant participé à ces ateliers précisent toutefois qu’ils ont pris part à ce projet en raison de sa tendance à permettre une reconsidération des migrants et leur meilleure intégration au Royaume du Maroc. A ce propos, Nlend Fils Vermont, indique que « quand le projet m’a été expliqué, quand j’ai vu qu’il allait dans le sens de la défense des droits des migrants, j’ai immédiatement adhéré ». 

Nlend Fils Vermont, l'un des participants à la Villa des Arts de Rabat lors du vernissage - Copyright © Afrique Progrès Magazine

  

Glasgow, Londres, Rabat ; fini le projet !

Après Glasgow et Londres, ce projet s’achève avec cette exposition dans la ville de Rabat, puisqu’il faut le préciser, il s’agissait de récolter quelques images des migrants et de les restituer ensuite à leur quotidien sans aucune visée à venir. L’objectif de ces ateliers n’était pas de trouver une occupation aux migrants ni de les aider à trouver un chemin dans l’univers de la comédie, du théâtre ou de l’art, mais plutôt de mettre ensemble des acteurs dans l’optique d’ouvrir des discussions pour une amélioration continue de la situation des migrants au Maroc tels peut-on déduire du propos ambigüe des organisateurs. Sébastien Bachelet, l’un des initiateurs de cette initiative assure qu’il s’agissait seulement de « lier l’art et le plaidoyer sur la migration au Maroc ». Mission accomplie semble-t-il ! Pour cet universitaire français « il y a eu un partage, il y a un échange, ce qui était l’objectif premier de ces ateliers. On a aidé à mettre ensemble des gens pour initier des échanges qu’on partage maintenant avec un public plus large ». En clair l’objectif ne consistait pas à trouver un travail continu à ces migrants, pis encore, de leur donner la rémunération qui convient. 

 

100 dirhams de transport par jour, c’est tout !

La vingtaine de participants à ces ateliers auront profité chacun d’un transport journalier de 100 Dh, soit 10 euros sur dix jours [1 000 Dh] ainsi que d’une expérience unique. Un traitement qui a trait à une exploitation de la misère de ces migrants économiquement en souffrance. Il faut par ailleurs signaler qu’avec cette infime compensation, tous les participants à ces ateliers ont été invités à signer un document relatif à la cession de leur droit d’image. Alors que ces images continueront à faire le tour du monde jusqu’à X année, Mireille Kwami indique que « j’ai eu une bonne expérience c’est déjà bien ». Interrogée par votre magazine si elle aurait voulu se faire payer pour ce travail, Mireille Kwami affirme « je ne savais pas comment ça se passe, je suis seulement allée à l’appel de mon association ». Un propos qui met en évidence le fait que ces migrants ignorent tout du droit à l’image et que les associations supposées défendre leur droit n’y prennent pas garde.

Vous l’aurez compris ces expériences sont loin de construire une vie pour ces migrants qui retournent toujours dans leur maison à la fin de toutes ces tâches qu’ils accomplissent bénévolement, sans un sou. Pourtant les factures de loyer, d’électricité et autres, attendent d’être payées. Pour rappel le film HOPE qui avait ému le monde à son lancement en janvier 2015, avait accordé aux migrants des salaires entre 600 à 1 000 euros pour les plus considérés. Depuis lors le film a raflé de nombreuses récompenses à travers le monde tandis que nombre de ces acteurs oubliés sont plongés dans la misère, l’acteur principal y compris. 

 

 
 

 

 

Le ras-le-bol commence à se sentir

A ce jour les migrants continuent d’être invités à participer bénévolement à toutes les initiatives au motif que cela vise à améliorer leur situation au Maroc ainsi qu’à permettre leur intégration. Un militant associatif présent à ce vernissage ne s’étonne pas de la pratique. Sous anonymat l’homme nous déclare exaspéré qu’ « on nous paie des chambres d’hôtel à 200 euros tandis qu’on ne nous donne rien pour tout le travail qu’on accomplit, tous les jours, on commence à se fatiguer de tout ça ». Dire que tout cela se passe sous la barbe des autorités.

Très peu d’acteurs déclarés de la migration se soucient de l’avenir de ces migrants subsahariens au Maroc. Tout prête à croire qu’il faut leur interdire d’accéder à une indépendance financière pour qu’ils soient toujours disposés à se présenter à chaque fois qu’on a besoin d’eux. Du coup l’intégration si chère aux autorités marocaines est renvoyée aux calendes grecques. Puisque comment des personnes économiquement désespérées arriveront à s’intégrer dans le tissu social marocain ? Contre tout il faut le dire in fine, cette situation d’exploitation des migrants dure depuis de très longues années. Elle n’augure pas une intégration de ces derniers au Maroc dans un proche avenir. Par contre nous assistons à la mise en place effective d’un climat propice à leur survie, de quoi faire perdurer l’exploitation dont ils font l’objet. Onésiphore NEMBE/Afrique Progrès Magazine

References

TitleMaroc : l’exploitation des migrants se poursuit sur fond d’engagement en faveur de l’intégration
Date of coverage12/12/17
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ID: 48776275